Saint Maximilien Kolbe : devenir l’instrument de l’Immaculée
Après avoir découvert avec saint Louis-Marie Grignion de Montfort la consécration à Jésus par Marie, puis avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus la voie de la confiance et de l’abandon, nous arrivons maintenant à saint Maximilien-Marie Kolbe.
Avec lui, la spiritualité mariale prend une dimension particulièrement missionnaire.
Le mot qui pourrait résumer son chemin est : Instrument.
Kolbe veut appartenir totalement à l’Immaculée afin de devenir son instrument au service de Dieu et du salut des âmes.
1. L’Immaculée au centre de la vie de Kolbe
Saint Maximilien Kolbe est franciscain conventuel.
Sa spiritualité est donc profondément enracinée dans la tradition franciscaine.
Mais son existence entière est marquée par un amour extraordinaire pour la Vierge Marie sous le titre de : l’Immaculée.
Ce titre devient pour lui bien plus qu’une simple appellation. Il contemple dans l’Immaculée une créature totalement ouverte à Dieu.
Marie appartient entièrement à Dieu. Elle est totalement disponible à son action.
Kolbe désire donc lui appartenir à son tour sans réserve.
2. « Je suis l’Immaculée Conception »
Les paroles prononcées par la Vierge à Lourdes : « Je suis l’Immaculée Conception » prennent chez Kolbe une importance exceptionnelle.
Il médite profondément le mystère de l’Immaculée Conception et cherche à comprendre la place unique de Marie dans le dessein de Dieu.
Pour lui, contempler l’Immaculée ne consiste donc pas simplement à admirer un privilège marial.
Cela doit transformer notre propre vie.
Si Marie est entièrement à Dieu, alors celui qui se consacre à elle doit lui aussi chercher à devenir entièrement disponible à Dieu.
3. Une proximité étonnante avec Montfort
C’est ici que la comparaison avec saint Louis-Marie Grignion de Montfort devient particulièrement intéressante.
Montfort demande au chrétien de se remettre entre les mains de Marie.
Il utilise notamment l’image de l’instrument entre les mains de l’ouvrier.
Le chrétien doit se laisser conduire par Marie afin qu’elle puisse le former et le conduire au Christ.
Kolbe reprend cette logique avec une extraordinaire intensité.
Il veut devenir l’instrument de l’Immaculée.
Nous retrouvons donc un mouvement très proche : Montfort
Je me donne à Marie.
Kolbe
Je deviens son instrument.
Mais chez Kolbe, cette appartenance prend une dimension fortement apostolique.
4. La Milice de l’Immaculée
En 1917, saint Maximilien Kolbe fonde avec quelques compagnons la Milice de l’Immaculée.
Son désir est de travailler à la conversion et à la sanctification des âmes sous la protection et par l’intercession de l’Immaculée.
La consécration mariale devient donc une véritable vocation missionnaire.
Il ne s’agit pas simplement de dire : « J’aime Marie. »
Il s’agit de pouvoir dire : « Je veux que toute ma vie soit disponible à l’action de l’Immaculée. »
5. Une spiritualité mariale tournée vers les âmes
Voilà une différence particulièrement intéressante avec une compréhension purement affective de la dévotion mariale.
Kolbe veut que l’amour de Marie conduise à aimer ce qu’elle aime.
Et Marie veut conduire les âmes à son Fils.
Par conséquent, celui qui se consacre à l’Immaculée doit avoir le désir du salut des âmes.
La consécration devient alors mission.
Appartenir à Marie signifie se rendre disponible pour le Christ.
6. Le combat spirituel
La spiritualité de Kolbe possède également une dimension très forte de combat spirituel.
L’Immaculée est associée au combat contre Satan et au triomphe du Christ.
Nous retrouvons ici un rapprochement évident avec Montfort.
Montfort avait déjà développé dans son Traité de la vraie dévotion une lecture de la mission de Marie à la lumière du combat entre la Femme et le serpent.
Kolbe donne à cette intuition une forme apostolique particulièrement forte.
La Milice de l’Immaculée devient ainsi une mobilisation spirituelle pour le salut des âmes.
7. De Montfort à Kolbe : de la consécration à la mission
Nous pouvons maintenant mieux comprendre leur relation.
Montfort met l’accent sur : la consécration.
Kolbe met l’accent sur : la mission.
Mais il ne faut pas les opposer.
La mission naît précisément de la consécration.
Celui qui appartient à Marie devient disponible pour son œuvre.
Celui qui s’abandonne à Marie devient disponible pour le Christ.
Et celui qui devient disponible pour le Christ devient disponible pour ses frères.
8. Avec Thérèse : l’offrande cachée et l’offrande missionnaire
C’est ici que la rencontre entre Thérèse et Kolbe devient particulièrement belle.
Thérèse offre sa vie pour le salut des âmes dans le secret de son Carmel.
Kolbe offre sa vie dans une mission apostolique visible.
Mais tous deux veulent donner leur vie pour les autres.
Thérèse découvre : « Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour. »
Kolbe devient concrètement serviteur de ses frères jusqu’au don ultime de sa vie à Auschwitz.
Deux formes très différentes d’un même mystère : l’amour reçu de Dieu devient amour offert.
9. Le martyre de Kolbe : l’offrande devenue totale
En août 1941, au camp d’Auschwitz, Kolbe choisit de donner sa vie pour sauver celle d’un autre prisonnier condamné à mourir.
Cet acte ne doit pas être séparé de toute sa vie spirituelle.
Celui qui avait voulu être totalement à l’Immaculée devient jusqu’au bout instrument de l’amour du Christ pour son frère.
La spiritualité de la consécration trouve ainsi son accomplissement dans la charité.
Il ne suffit pas de se dire consacré à Marie.
La consécration doit finalement produire du fruit : l’amour de Dieu et l’amour du prochain.
10. Montfort, Thérèse, Kolbe : trois chemins qui se rejoignent
Nous pouvons maintenant revenir à notre question de départ.
Existe-t-il un lien entre ces trois spiritualités ?
Oui, mais il faut le comprendre correctement.
Il serait trop simple d’affirmer : Montfort a donné sa spiritualité à Thérèse, puis Thérèse à Kolbe.
La réalité historique est beaucoup plus riche.
Thérèse possède une spiritualité profondément carmélitaine.
Kolbe est profondément franciscain.
Mais tous deux rejoignent, chacun à sa manière, une intuition que Montfort a exprimée avec une force extraordinaire : Marie conduit au Christ et se donner à Marie, c’est se donner davantage au Christ.
11. Trois saints, trois accents
Nous pouvons maintenant résumer notre parcours :
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
« Je me donne. »
Il développe la consécration totale à Jésus-Christ par Marie.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
« Je m’abandonne. »
Elle vit la relation à Dieu et à Marie dans la petitesse, la confiance et l’amour.
Saint Maximilien Kolbe
« Je deviens instrument. »
Il se consacre totalement à l’Immaculée afin de participer à sa mission pour le salut des âmes.
12. Une progression spirituelle
On pourrait même présenter ces trois chemins comme un véritable itinéraire :
Je me donne à Marie.
↓
J’apprends à m’abandonner avec confiance.
↓
Je deviens disponible à son action.
↓
Je deviens instrument entre ses mains.
↓
Je participe à la mission du Christ pour le salut des âmes.
Ce chemin n’est évidemment pas une méthode officielle proposée par ces trois saints.
C’est une lecture spirituelle qui permet de mettre en lumière leurs convergences.
Conclusion : « Tout à Jésus par Marie »
Au terme de ce parcours, une conviction apparaît avec force.
La spiritualité mariale de Montfort, la petite voie de Thérèse et la consécration à l’Immaculée de Kolbe ne sont pas trois chemins qui nous éloignent du Christ.
Ils nous conduisent au contraire vers le même centre : Jésus-Christ.
Montfort nous apprend : à nous donner.
Thérèse nous apprend : à nous abandonner.
Kolbe nous apprend : à devenir instruments.
Et Marie demeure au cœur de ce mouvement.
- Elle reçoit.
- Elle conduit.
- Elle forme.
- Elle accompagne.
- Elle nous apprend à dire « oui » à Dieu.
La véritable consécration mariale n’est donc jamais une fuite du monde.
Elle est un chemin vers le Christ et, par le Christ, vers nos frères.
On pourrait résumer tout cet itinéraire par cette prière :
Marie, je me donne à Vous.
Apprenez-moi à devenir petit et à m’abandonner entre vos mains.
Formez-en moi Jésus-Christ.
Et faites de-moi votre instrument pour que vote Fils soit connu, aimé et servi dans le monde.
C’est peut-être là le véritable point de rencontre entre Montfort, Thérèse et Kolbe :
Se donner à Marie pour appartenir davantage au Christ, s’abandonner à elle pour laisser le Christ vivre en nous, et devenir son instrument pour que le Christ soit connu et aimé dans le monde.
Sources et références
- Saint Maximilien-Marie Kolbe, Écrits sur l’Immaculée et la Milice de l’Immaculée.
- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, notamment nos 120 et 258-259.
- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Le Secret de Marie.
- Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques et Pourquoi je t’aime, ô Marie.
- Concile Vatican II, Lumen gentium, chapitre VIII.
- Saint Jean-Paul II, Lettre aux familles montfortaines (2004).
Les textes du Magistère sont disponibles sur le site officiel du Saint-Siège (Vatican) et auprès de la Milice de l’Immaculée.
